AUGUSTE NE SAIT PLUS GRAND CHOSE DU MONDE

Equipe artistique :

 TEXTE :  Pierre Soletti, poète

N’est pas recyclable. C’est pour cela qu’il est sans cesse pressé de ne pas en finir. Il écrit, lit, publie, peint, dessine, bidouille des sons, fabrique des livres, s’expose sur les murs de lieux plus ou moins dédiés à l’art. Auteur associé du Centre de Créations pour l’Enfance, il a écrit de nombreux livres de poésie ainsi que pour le spectacle vivant.

INTERPRETATION : Pascal Thétard, comédien conteur

Je suis conteur, diseur de poèmes et comédien. Chaque texte que je choisis, ou que l’on me propose de dire, est un nouveau monde à découvrir. Quand Mateja m’a proposé Auguste, ma première pensée a été : – « aïe, ça y est, ça se voit vraiment que j’ai amorcé la seconde moitié ! » Mais la demande de Mateja n’est pas d’incarner un vieil homme, mais plutôt de penser tout haut, une pensée tellement forte, impérative et urgente qu’elle s’accompagne du corps, l’entraîne dans son délire et l’invite à se mouvoir. C’est une pensée « accomplissement » pleine de générosité qui s’appuie sur tout ce qui l’environne. Une pensée sans peur qui déguste chaque instant et parfois même mord le présent à pleines dents. Auguste aime. Auguste aime les gens. Auguste aime se frotter aux gens. Auguste peut se permettre de pisser au lit avec noblesse. Il ne pisse pas pour emmerder le monde mais pour rappeler qu’il est vivant et par là-même rappeler à ceux qui l’entourent qu’ils sont vivants ! Auguste est homme qui veut vivre sa mort et non pas la subir. Au seuil de sa mort il nous transmet cette vie et nous rappelle que pour que rien ne puisse l’inféoder, c’est dès l’enfance qu’elle se forge, dès la maternelle ! Auguste est un vieux mué par une pensée éternellement jeune. Auguste est libre pour l’éternité. Incarner ce fantôme : quel beau défi !

MUSIQUE : Patrice Soletti, musicien

Patrice Soletti est un guitariste improvisateur et compositeur autodidacte, actif au sein de groupes musicaux issus du jazz et du rock alternatifs. Il collabore et compose régulièrement pour la  Danse Contemporaine, l’Image, le Théâtre…

MISE EN SCENE : Mateja Bizjak Petit, metteure en scène

Mateja Bizjak Petit suit des études de dramaturgie à l’université de Ljubljana. Elle s’est spécialisée au Théâtre des Mains nues chez Alain Recoing à Paris et aux États-Unis en tant que metteur en scène au Centre des marionnettes d’Atlanta. Elle écrit et traduit des poèmes en slovène et en français. Elle a également publié plusieurs recueils de poésie.

Le texte de Pierre Soletti est fort, parlant. Il trouve des échos dans chacun des spectateurs, souvenirs de visites à des anciens ou peur de ce qu’on appelle « la fin de vie ». On retrouve la poésie  simple de Pierre Soletti, son observation des petites choses drôles ou émouvantes, des détails qui deviennent des évidences  ou des  mots déplacés qui rajeunissent de ce nouvel usage.

La mise en scène de Mateja Bizjak Petit est sobre, présente, inventive, mais au service des mots, de la langue et du personnage. On sent le regard bienveillant avec lequel elle a regardé Auguste dans l’interprétation toute en nuances de Pascal Thétard.

Auguste joue une partie d’échec grandeur nature dont on sait qu’elle se terminera par un mat. Alors avant, il vit, il vit avec l’enthousiasme et le drôlerie d’un Auguste, avec la grandeur et la noblesse de l’Empereur Auguste. Dans l’huis clos d’un carré de spectateurs, éclairés, présents dans le jeu, pris à témoins, il devient pion du destin,  roi menacé, amoureux d’une reine déjà loin. Il traverse son univers dans une diagonale du fou revendiquant d’exister aujourd’hui. Auguste regarde la nature et les arbres, se souvient plus qu’il n’espère, rejoue sa vie pour ne pas la perdre totalement. Il regarde aussi les autres avec lucidité et tendresse, avec détachement.

Qui est là vraiment tantôt mêlé aux spectateurs, tantôt seul au milieu d’eux, le personnage Auguste (le comédien est bien plus jeune que le rôle) ou quelqu’un qui nous conte Auguste ? Auguste sans contestation possible est là, accomplissant de minuscules rituels qui servent à l’assurer de son existence corporelle.

La musique de Patrice Soletti, un accompagnement de guitare solo, vient pour rappeler le temps qui s’égraine, comme une horloge qui ne voudrait pas marcher au pas, mais qui reste inexorable, impitoyable. Elle soutient le texte sans le dévorer, le remplace ou le supplée sans le faire oublier.

Oui, je crois qu’il existe encore une place pour le texte au théâtre. Une place pour un texte qui interroge à nouveau l’homme et la langue. Un texte que les comédiens retrouvent plaisir à mâcher et à porter tout en  gardant une véritable présence physique sur le plateau.

Françoise Varenne, conteuse amateur, membre d’Oralia.